Artiste d'instinct, Erick Deroost évolue entre figuration et abstraction. D'abord, il y a sa fascination revendiquée pour les ambiances portuaires, source renouvelée de son imaginaire. Un monde à part, dont Erick Deroost, témoigne à sa manière, dans la matière. Monstres d'acier dépravés, porte-containers stylisés, tôles rouillées, souillées, rafistolées se côtoient dans une composition qui laisse la part belle à la théâtralisation. Cette ambiance souvent noire, transpercée de couleurs denses, sonne comme une invitation au voyage. Cette atmosphère sombre, mais pleine d'éclats, appelle d'emblée aux sens et à la découverte d'un univers pour le moins singulier.
Sa technique, à la gestuelle vive et alerte dans l'utilisation de pigments bleu nuit, vert gris, ocre jaune, rouge profond, donne corps à des toiles denses, épaisses, à la consistance rugueuse qui transpirent d'histoire et de vécu.
Partout, la texture joue des ombres et de la lumière toujours présente.
Les couches successives, les empreintes et stigmates indélébiles du temps laissées sur la toile déclinent autant de symboles et de suggestions qui ouvrent grand la porte à l'imagination.
Toile après toile, les formes perdent ainsi de leur sens et dans un mouvement incessant de va-et-vient vers cette matière brute, Erick Deroost nous emporte vers d'autres découvertes. Peu à peu, la figuration abstraite, aux frontières floues et changeantes, donne à voir l'invisible. Entre polychromes éclatants et monochromes aux détails soignés dans la profondeur, le peintre laisse désormais plus volontiers le pinceau pour de nouveaux outils.
Aux détours de ses paysages marins tracés à coups de spatule, à travers ses peaux de cargos auscultées et saignées au
couteau, l'alchimie de l'abstraction fonctionne. Au rythme de ses "rouge sur rouge", tout bouge. Au tempo de ses tons vifs sortis de l'ombre, la vie suit son perpétuel mouvement. Plus loin des docks et de leur univers particulier, mais au plus près du vrai. Au dédale d'un vaste intérieur - le sien, le nôtre - qu'il n'a pas fini d'arpenter, sillonner, visiter, inventer ...